Les Grandes Dégustations des cours du Vin Passion
 

L'élevage des vins
en fût


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Généralités

L'élevage est l'ensemble des opérations suivant la vinification et précédant la mise en bouteille : soutirage, clarification (par filtration ou collage), maturation en cuves ou passage éventuel en récipient de bois 

Le soutirage

Le soutirage consiste à transvaser le vin d’un fût (ou d’une cuve) à un autre et répond à la fois aux besoins de clarification et d’élimination du gaz carbonique. Il élimine les lies, prévenant ainsi la possibilité de développement de certaines maladies au départ de levures et bactéries pouvant s’y trouver. En même temps, il élimine une partie du gaz carbonique dissous. Cela aère le vin et permet son évolution.
Certains vins ne sont pas soutirés. On parle dans ce cas de vins élevés sur lies (ex : muscadet) 

Maturation

Quelques vins évoluent par oxydation franche : le Porto, le Vin Jaune, les Vins Doux Naturels rouges s’affinent par oxydation ; en fûts, en soleras ou dans des bonbonnes de verre exposées au soleil.
Mais en cas général, le vin évolue par oxydation ménagée, en bouteille ou en fûts. Les arômes se modifient lors de cette évolution, les odeurs fruitées sont remplacées par des odeurs animales, végétales, d’épices, de terre,... Par ailleurs les tannins s’arrondissent (formation de polyphénols, polymérisation des anthocyanes). 

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Le bois

Le tonneau, invention gauloise, servit longtemps uniquement de récipient pour le transport de la bière puis du vin. On ne s’avisa que récemment –au début du XVIIe siècle- dont le vin pouvait bénéficier d’un contact avec le bois. Son premier intérêt est de provoquer une transformation lente et continue du vin dans un contenant de petit volume, le second est de contribuer à une évolution aromatique et un apport de tannins. 

Diverses sortes de bois furent essayées : acacia, châtaignier, eucalyptus, hêtre, peuplier, pin, entre autres, dont aucun ne donna vraiment satisfaction. Le châtaignier, par exemple, convient uniquement pour des stockages courts. 

Le chêne s’affirma vite le roi des bois pour élever le vin : il fournit un apport de tannins, et d’autres produits dont la dégradation donne des composés organiques et organoleptiques. 

Il existe trois cents espèces de chênes dans le monde, mais seulement trois servent à la fabrication de fûts

En Europe

  • Le chêne pédonculé (Quercus Peduncolator)

  • Le chêne rouvre (Quercus Sessilis)

Aux États-Unis

  • Le chêne blanc (Quercus Alba)

Le chêne pédonculé, typique du Limousin, pousse isolé, hors taillis. Il a un bois dense, très dur, dont le gros grain libère rapidement des tannins puissants. 

Le chêne rouvre, tel que celui de la forêt du Tronçais, se plaît en futaie. Son bois est plus tendre que celui du pédonculé, et son grain plus fin ; il ne libère que lentement des tanins fins et souples. 

Il faut idéalement au moins deux siècles pour faire un chêne utilisable en tonnellerie et au minimum 80 ans (soit environ un tronc de 50 cm de diamètre). 

Les principales sources de chênes à barriques sont les États-Unis, la Yougoslavie (Slavonie) et la France qui offre les meilleurs bois 

Il existe quatre origines en France : 

  • Le Limousin : tannins grossiers, surtout utilisé pour les eaux-de-vie et les foudres.

  • Le Centre

Allier : il donne des tannins très fins, et des arômes élégants de vanille, les meilleures forêts sont celles de Tronçais, Gros Bois et Dreuille

Nevers : il donne un bois au grain fin mais plus chargé en tannins que celui de l’allier mais plus doux et sucré.

Cher : plus tannique que celui de l’Allier mais néanmoins élégant

  • La Bourgogne: qualité variable.

  • Les Vosges : qualité proche de ceux du Centre.

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La préparation des fûts

Après abattage des chênes sélectionnés, les grumes sont stockées. La grume est tronçonnée pour devenir un billon. Elles sont ensuite fendues dans le sens des fibres pour garantir la solidité et une bonne étanchéité. Après refentes, le billon devient : quartier, doublon, et enfin merrain. 

En Europe, on fend le chêne dans le sens de la fibre à l’aide de merlins, et on laisse le merrain (bois fendu) sécher à l’air libre pendant deux à trois ans. Cette façon de faire donne un bois bien étanche, mais dont la porosité permettra l’infiltration de l’oxygène de l’air. Cette méthode est plus coûteuse car le rendement est bas et la main d’ouvre importante. 

En Amérique, on scie le chêne, ce que les Européens critiquent, arguant que le sciage rompt les cellules du bois, qui donne alors au vin un caractère plus agressif. Puis, les Américains font sécher le chêne en étuve, méthode que les Européens estiment dure pour le bois, mais qui se répand inexorablement car elle permet de ramener la durée totale du séchage à environ un mois. 

Quoi qu’il en soit, c’est à partir des merrains que le tonnelier fabrique les douelles, qu’il va cintrer et assembler pour obtenir le fût. 

 Le cintrage lui-même s’obtient par un chauffage à feu vif qui brûle plus ou moins l’intérieur des douelles. 

 Le vigneron choisira le fût en fonction de la qualité du millésime : plus le millésime est faible, plus la chauffe doit être légère, car le boisé ne doit pas dominer le vin. L’air s’infiltre dans le bois poreux, oxyde le vin en douceur et stabilise sa couleur. Le bois apporte ses tanins (200 mg la première année, soit environ 1/10 du contenu total en tannins), et des matières aromatiques dues au brûlage (vanilline, scopolétine, syringaldéhyde) donnent au vin des arômes et un goût de boisé plus ou moins prononcé, mais qui doit s’accorder à la nature du vin ; il évoquera alors la vanille ou la réglisse, le cuir ou le pain grillé, le clou de girofle ou le café. À nouveau, on observe une différence d’influence selon que le chêne est américain ou européen. Les arômes du chêne américain (Quercus Alba) sont plus incisifs (arômes mentholés, eucalyptus) alors que les chênes européens (Quercus pedonculator et Quercus sessilis) sont plus riches en tanins.

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Types de fûts

  • Pièce Bordelaise : 225 litres

  • Pièce Bourguignonne : 228 litres

  • Pipes (Porto) : 500 litres

  • Feuillette : 114 litres

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L'ouillage

L’ouillage consiste à l’ajout de vin dans les fûts afin de les maintenir pleins pour compenser  les phénomènes d’évaporation. Une fois par semaine si le vin est en fûts, l’ouillage est nécessaire, surtout s'il s'agit de cépages très sensibles à l'oxydation (pinot). Par contre, les cépages tanniques nécessitent une légère oxydation pour s'assouplir dès lors l'ouillage peut être moins fréquent.

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La clarification

Collage

Le collage répond aux besoins de clarification et de stabilisation à la fin de l’élevage. Il s’agit de provoquer la floculation et la précipitation des particules fines en suspension dans le vin. Pour cela, on emploie des substances protéiques, ou du moins possédant les propriétés des substances protéiques. Autrefois, le collage était réalisé à l’aide de blanc d’oeuf battu en neige. Le blanc d’oeuf se dépose en entraînant certaines particules en suspension. Chargé positivement, il élimine des matières chargées négativement, tels les tanins indésirables et les anthocyanes. D’autres produits employés sont la gélatine, la bentonite (argile fine (colloïdale) contenant de la montmorillonite (dérivé volcanique) ; chargée négativement, elle élimine des matières chargées positivement, telles les protéines et autres matières organiques), la caséine, la colle de poisson. Le collage doit être suivi de soutirages pour séparer le vin non seulement des substances qui ont été précipitées, mais aussi de celles qui sont utilisées pour le collage, et d’une partie du gaz carbonique encore présent. 

Centrifugation

La centrifugation est une méthode de clarification dure, que l’on n’applique pas à des vins de qualité. 

Filtration

La filtration est moins dure que la centrifugation, mais ses adversaires lui reprochent d’éliminer indistinctement des matières indésirables (comme les levures) et d’autres qu’il serait souhaitable de conserver.

Divers filtres peuvent être utilisés (cellulose, perlite, kieselguhr) 

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Images et sites des tonnelleries

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La Dégustation

Nous avons tenté de mesurer l’impact de l’élevage en fûts au travers d’une dégustation de 6 vins issus du millésime 2005 du Coteaux du Languedoc Pic Saint Loup du domaine de l’Hortus. Ces six vins sont des échantillons prélevés sur fûts et actuellement en cours d’élevage. Ils étaient tous identiques sur le plan des assemblages (Mourvèdre – Syrah – Grenache). Le seul point qui les différenciait était le type d’élevage. Nous avons goûté des vins élevés dans des fûts neufs et des fûts d’un vin, issus de trois tonnelleries différentes (Sylvain, Mercurey et Taransaud). Ces fûts étaient tous constitués de chêne de l’Allier et la chauffe était moyenne pour les 3 tonnelleries concernées. 

Nous avons d’abord goûté les 3 vins élevés en fûts neufs. Avec tout d’abord le vin élevé dans un fût de la tonnellerie Sylvain qui présentait un nez élégant sur des notes de cerise, de groseille, de chocolat, de vanille, de réglisse. Bouche à l’attaque ample, acidité marquée, grande structure tannique, rétro boisée, finale un peu stricte sur une pointe d’acidité. Un vin à la fois puissant et élégant, dont l’élevage paraît déjà assez abouti (15/20). Nous avons enchaîné avec le vin élevé dans un fût de la tonnellerie de Mercurey au nez assez marqué par le bois sur des notes de fruits compotés, de groseille, note lactée, de réglisse, de fourrure, de café froid. Bouche à l’attaque ample, acidité marquée, tannins plus marqués, alcool également plus présent, rétro plus boisée, finale qui sèche malgré l’alcool. Un vin où le bois domine et dont la fin de bouche sèche (12,6/20). Nous avons terminé la série avec un vin élevé dans un fût de la Tonnellerie de Taransaud qui offrait un nez puissant sur des notes de caramel, cassis, chocolat, groseille, cerise, légère note de café froid. Bouche à l’attaque tendue, acidité marquée, tannins puissants mais élégants, rétro boisée, finale puissante, tendue, serrée et bien enrobée par un fruit qui reste présent tout au long de la bouche sans aucune trace de sécheresse. De loin, le vin qui semble posséder le plus grand potentiel de garde (13,9/20). 

Nous avons ensuite goûté les vins élevés dans les fûts d’un vin. Tout d’abord le vin élevé dans les fûts d’un vin de la Tonnellerie de Taransaud possédait un nez plus marqué par le fruit, cerise, cassis, fraise, poivre, épices, légère note de café. Bouche à l’attaque souple, tannins fondus, très beau fruit, finale fondue, boisé totalement intégré. Un beau vin plus souple et plus facile que le vin élevé dans les fûts neufs de la même tonnellerie, mais avec une matière moins concentrée (13/20). Nous avons poursuivi la dégustation avec le vin élevé dans les fûts d’un vin de la Tonnellerie de Mercurey, qui présentait un nez discret sur des notes de vanille, de réglisse, de chocolat noir. Bouche à l’attaque ample, large, alcool très marqué, tannins qui sèchent en finale avec une amertume très marquée. Comme pour le vins élevés en fûts neufs, l’élevage domine le vin (11,6/20). Pour finir la série nous avons dégusté le vin élevé dans les fûts d’un vin de la Tonnellerie Sylvain, au nez marqué par des notes de caramel au beurre salé, fourrure, café, cerise compotée, réglisse. Bouche à l’attaque souple, un beau fruit, tannins élégants, alcool marqué mais bien équilibrés, belle finale épicée et souple. Un beau vin tout en élégance, où le boisé est totalement intégré (14,1/20). 

Pour terminer la soirée nous avons dégusté le Domaine de l’Hortus Grande Cuvée 2004 au nez élégant sur des notes de citronnelle, cassis, agrumes. Bouche à l’attaque tendue, belle finesse de fruit, tannin serrées, fine acidité et finale un peu courte, épicée. Un vin élégant dans un millésime moins concentré que 2005 mais qui possède une belle finesse et un élevage totalement intégré (14,4/20). 

Que conclure après une dégustation aussi intéressante. Tout d’abord quel que soit le tonnelier, le vin élevé en fûts neufs est apparu plus charpenté, plus puissant, plus construit que son homologue élevé dans un fûts d’un vin. Secundo, la patte du tonnelier se fait sentir. En effet, les vins élevés dans les fûts de la tonnellerie Sylvain sont apparus tant dans le fût neuf, que dans le fût d’un vin, les vins les plus élégants, les plus aboutis, les plus agréables tant sur le plan olfactifs que sur le plan gustatif. Ensuite que les vins élevés dans les fûts de la tonnellerie Taransaud semble être ceux qui possèdent le plus grand potentiel de garde et d’évolution.  Enfin que les vins élevés dans les fûts de la tonnellerie de Mercurey étaient les plus durs, avec sécheresse et boisé trop marqué (chauffe trop forte ?)

Youri Sokolow

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Révision : 21 September 2009