Les Grandes Dégustations des cours du Vin Passion

Accords Mets - Vins : Le Boeuf Bourguignon

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Introduction

"Aucun accord n’est un accord figé. Tout est une question de goût."  

« On dit souvent que le goût est une affaire de subjectivité, je crois au contraire que c’est une affaire d’objectivité, de culture, d’apprentissage et d’accumulation critique de l’expérience » (A.Senderens).  

La dégustation à la recherche d’un accord mets vins est totalement différente de la dégustation à l’aveugle. Le vin est un plaisir de la table et non un exercice de style. (et tant pis pour les bêtes de concours).

« Le mariage idéal des mets et des vins est difficile à codifier, de la même façon qu’il est malaisé de définir ce qui fait l’harmonie d’un couple » (P.Bourguignon).  

Oublier les préjugés et les dogmes oenologiques (le blanc sur le poisson, le sucré sur le foie gras et le vieux rouge sur le fromage).  
La réussite d’un accord mets-vins implique la connaissance de ses vins et des essais successifs.

« On n’est pas riche de sa cave mais des bouteilles qu’on a bues. Collectionnons les souvenirs de bons vins comme les souvenirs de voyage » (P.Bourguignon).  

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Règles de base

Les accords Mets - Vins ne sont jamais définitifs

Les vins évoluent, le goût aussi  

L’harmonie n’est pas seulement aromatique mais également tactile

L’harmonie aromatique doit s’accompagner d’une harmonie de texture  

Les accords peuvent être de 2 types   

·     Accords de renforcement  

·     Accords en opposition

Accords de renforcement

Le vin et le plat possèdent les mêmes caractéristiques et la fusion des 2 entraîne une superposition des mêmes sensations mais attention à l’excès

Exemples  :

Accords en opposition  

Le vin apporte au plat les caractéristiques qui lui font défaut et vice-versa

Exemples :

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Dissection d’un Accord mets-vins

Accord aromatiques

Renforcement des arômes

Exemples 

Complémentarité

Exemples :   

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Accord gustatifs

Acidité (vinaigre, jus de citron)

Tendance à durcir les tannins des rouges et renforcer l’acidité des blancs

Essayer d’y associer des vins plutôt chauds et gras (Rhône, Provence, Espagne).  

Sucre

Amertume

Texture

Le gras

Tendance à lisser les tannins des rouges et à souligner la fraîcheur des blancs  

Le moelleux

Tendance à fondre les tannins des rouges et l’acidité des blancs mais fait souvent ressortir les arômes boisés.  

Le croustillant

Tendance à faire sécher les rouges mais renforce les sensations liquoreuses des blancs  

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Recette

Ingrédients

Pour 4 personnes
Préparation : 24 à 48 heures à l'avance
Cuisson : 3 heures 30
- Thym, laurier.
- 1.5 l de Bourgogne rouge.
- 50 g de Farine de blé.
- 2 cuillère(s) à soupe d'Huile.
- 200 g de Poitrine fumée.
- 1 tête Ail.
- 1 Oignon(s).
- 1 botte(s) d'Oignon(s) blanc(s).
- 1.5 kg de Paleron.
- 100 g de Collier de boeuf.
- 20 g de Fond de veau déshydraté.
- 1 branche(s) de Céleri(s).
- 4 Baies de genièvre.
- 2 Clou(s) de girofle.
- 2 Carottes. 

Préparation

La marinade : Mettez dans un grand récipient 75cl de vin rouge, du Bourgogne de préférence. Ajoutez-y 1 tête d'ail pelée, 2 carottes et un oignon en mirepoix, 2 clous de girofle, 4 baies de genièvre, 1 branche de thym, 1 feuille de laurier et une branche de céleri. Mettez-y à mariner les morceaux de viande entre 24h et 48h.

La cuisson : Égouttez les morceaux dans une passoire. Séparez la viande des légumes et conservez la marinade. Séchez la viande avec un torchon, et roulez la dans la farine.

Retirez l'excès de farine et faites revenir la viande dans une poêle à feu vif avec un peu de matière grasse. Ajoutez-y la garniture de légumes et faites-la revenir avec les petits oignons.

Dans un grand fait-tout, mettez la marinade. Ajoutez-y le fond de veau déshydraté que vous aurez préalablement délayé dans un peu d'eau froide, le collier, la poitrine fumée, la viande et la garniture.

Faites cuire à couvert pendant 3h30 à 4h à feu doux. Piquez vos morceaux de temps en temps pour vérifier la cuisson. La lame du couteau doit pouvoir s'enfoncer dans la viande sans résistance.

Pour renforcer la saveur de la préparation, vous pouvez faire réduire 75cl de vin rouge à feu vif pendant environ 15mm jusqu'à ce qu'il ne reste que 6cl de vin (l'équivalent d'un verre à liqueur). Faites le ensuite flamber pour éliminer l'excès d'alcool, et incorporez à la sauce.

Servez accompagné de pommes vapeurs ou de tagliatelles.

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La Dégustation

De la théorie à la pratique il n'y a qu'un pas, que nous avons franchi ce soir. En théorie le bœuf bourguignon était censé à vos yeux s'accorder à merveille avec une syrah du Rhône septentrional, un bourgogne rouge, un cabernet-franc de la Loire, un assemblage du Languedoc ou du Rhône méridional. Alors que pour nos critiques et guides gastronomiques les choix se portaient plutôt sur un vieux Saint-Emilion (Senderens), un vieux Châteauneuf-du-Pape (Bourguignon), un Languedoc ou un Madiran (Casamayor). Nous avions pour notre part opté pour 4 rouges et un blanc.

En dégustation le Coteaux du Languedoc la Vertu 1999 du clos Sainte-Pauline mêlait des arômes oxydatifs à des notes de térébenthine et de miel. De l'ampleur, de la concentration et une matière puissante s'équilibraient dans ce vin assez étonnant (14,7/20). Par contre, l'accord était assez difficile avec le bœuf bourguignon qui renforçait la perception alcoolique et accentuait le manque d'acidité du vin (13,6/20). Néanmoins certains d’entre-vous en ont fait l’accord parfait.

Le Givry Premier Cru clos jus 2000 du domaine Lumpp présentait un nez assez simple sur la cerise et la framboise. La bouche tout aussi simple manquait d'ampleur et de concentration (12/20). Ce sentiment de légèreté était encore plus renforcé par le bœuf qui effaçait littéralement le vin (11,1/20).

Le Margaux Château Labégorce-Zédé 1986 plutôt austère en dégustation avec des arômes de  réglisse, de sous-bois et d'épices de bouillon et une bouche stricte aux tannins sévères (13,9/20), s'est totalement transformé, ses arômes se fondant dans ceux du plat et sa sévérité se lissant sur le gras de la sauce (14,3/20). Le deuxième accord de la soirée.

Le Saumur-Champigny cuvée Lisagathe cuvée spéciale non filtrée 1995 du château du Hureau étonnait par ses arômes de cerise noire, de café, de fraise et de géranium, et par la puissance de sa matière et présence alcoolique inhabituelle pour la région (14,5/20). Par contre l'accord s'avérait plutôt difficile, la puissance du plat et celle du vin provoquant une sensation d’écœurement (14,5/20).

Le Coteaux du Languedoc Montpeyroux 2000 du domaine d'Aupilhac fut sans conteste le vin de la soirée avec son nez complexe où l'on retrouvait du thym, du laurier, de la cerise et des notes viandeuses. La bouche n'était pas en reste avec son équilibre parfait entre acidité, alcool et tannins civilisés (16/20). L'accord fut de loin celui qui recueillit la majorité de vos suffrages tant sur le plan aromatique par ses notes de garrigue que sur le plan des textures où l'acidité du vin complétait parfaitement le gras de la sauce (16/20).

Une soirée riche en enseignements (l’accord parfait n’est pas toujours celui qu’on pense, un vin dur en dégustation peut se lisser sur un plat, à l’inverse un plat trop puissant peut gommer le charme discret de certains vins), qu'il vous est assez simple de reproduire avec quelques amis intéressés, sur des plats simples ou plus élaborés.



Bon amusement et bonne dégustation.

Youri Sokolow.

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Bibliographie

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Révision : 21 September 2009